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Phases MOP et suivi du temps : ESQ, APS, APD, PRO, EXE — comment répartir vos heures

23 décembre 2025 · 13 min de lecture · Mataee

La loi MOP (Maîtrise d'Ouvrage Publique) structure l'ensemble de la mission de maîtrise d'oeuvre en phases successives, chacune avec ses livrables, ses exigences et son niveau de détail croissant. Pour un architecte ou un bureau d'études, cette structuration n'est pas seulement contractuelle : c'est le meilleur cadre pour organiser le suivi du temps et garantir la rentabilité de chaque projet.

Pourtant, dans la pratique, rares sont les agences qui définissent un budget d'heures par phase dès le démarrage. Le temps est suivi globalement, les alertes arrivent trop tard, et le constat de dépassement se fait souvent lors de la facturation finale.

Ce guide propose une approche concrète : des ratios indicatifs de répartition par phase, des méthodes de détection précoce des dérives, et un cas pratique complet pour illustrer la démarche.

Rappel des phases de la loi MOP et leur impact sur les heures

La loi n 85-704 du 12 juillet 1985, dite loi MOP, et ses décrets d'application définissent les missions de base de la maîtrise d'oeuvre. Chaque phase correspond à un niveau d'avancement du projet, avec des livrables identifiés et un pourcentage d'honoraires contractuellement défini.

ESQ (Esquisse) : Phase exploratoire. L'architecte traduit le programme en intentions spatiales, propose des partis architecturaux et vérifie la faisabilité du projet. Les documents sont sommaires : plans masse, schémas d'intention, premières estimations.

APS (Avant-Projet Sommaire) : Le projet se précise. Les plans sont dessinés à l'échelle 1/200e, les surfaces sont validées, l'enveloppe budgétaire est affinée. C'est la phase de dialogue intense avec le maître d'ouvrage.

APD (Avant-Projet Définitif) : Le projet est arrêté dans ses dimensions, ses matériaux principaux et ses principes constructifs. Les plans passent au 1/100e, les coupes et façades sont détaillées. Le coût prévisionnel est établi avec une marge d'erreur réduite.

PRO (Projet) : Phase la plus consommatrice en heures pour les documents graphiques. Les plans d'exécution, les détails constructifs, les CCTP (Cahiers des Clauses Techniques Particulières) et le DPGF (Décomposition du Prix Global et Forfaitaire) sont produits. C'est le socle de la consultation des entreprises.

EXE/DCE (Exécution / Dossier de Consultation des Entreprises) : Préparation des pièces de consultation, analyse des offres, mise au point des marchés. Quand la mission EXE est confiée au maître d'oeuvre, les plans d'exécution et les notes de calcul viennent s'ajouter.

DET (Direction de l'Exécution des Travaux) : Suivi de chantier, vérification de la conformité des ouvrages, gestion des avenants, visa des situations de paiement. Phase longue, étalée sur toute la durée du chantier.

AOR (Assistance aux Opérations de Réception) : Réception des travaux, levée des réserves, année de parfait achèvement. Phase souvent sous-estimée en temps.

Chaque phase consomme du temps de manière très différente. Ne pas budgéter par phase, c'est piloter à l'aveugle.

Pourquoi structurer le suivi du temps par phase est indispensable : le contrat de maîtrise d'oeuvre fixe des honoraires globaux ou par phase. Si le temps consommé en ESQ et APS dépasse le budget prévu, ce sont les phases aval (PRO, DET) qui en pâtissent, avec un effet domino sur la qualité des livrables et la charge de travail de l'équipe. Structurer le suivi par phase permet d'identifier les dérives au moment où elles sont encore corrigeables.

Ratios indicatifs de répartition du temps par phase MOP

Les ratios ci-dessous sont issus de la pratique courante des agences d'architecture et des bureaux d'études. Ils ne constituent pas une norme, mais un cadre de référence pour construire un budget d'heures réaliste dès le démarrage du projet.

Ratios standards de répartition

Phase % des heures totales Fourchette Caractéristiques principales
ESQ 3 - 5 % 4 % moyen Créativité, itérations rapides, peu de documents techniques
APS 8 - 12 % 10 % moyen Dialogue maître d'ouvrage, validation du programme
APD 15 - 20 % 17 % moyen Arrêt du projet, coordination technique, permis de construire
PRO 20 - 25 % 22 % moyen Production graphique intensive, rédaction CCTP/DPGF
EXE/DCE 10 - 15 % 12 % moyen Consultation, analyse des offres, mise au point marchés
DET 15 - 25 % 20 % moyen Suivi chantier, durée variable selon complexité
AOR 5 - 8 % 6 % moyen Réception, réserves, parfait achèvement

Ces ratios totalisent environ 91 % en valeurs moyennes. Les 9 % restants couvrent la coordination générale, les réunions transversales et la gestion administrative du projet.

Variations selon le type de projet

La répartition du temps varie sensiblement selon la nature de l'opération. Un projet de réhabilitation consomme proportionnellement plus d'heures en phases amont (diagnostic, relevés) et en suivi de chantier (aléas). Un ERP (Etablissement Recevant du Public) exige un temps accru en phase PRO pour les dossiers de sécurité et d'accessibilité.

Phase Neuf logement Neuf tertiaire Réhabilitation ERP
ESQ 4 % 3 % 5 % 4 %
APS 10 % 9 % 12 % 10 %
APD 17 % 16 % 20 % 18 %
PRO 22 % 24 % 18 % 25 %
EXE/DCE 12 % 13 % 10 % 12 %
DET 20 % 20 % 25 % 18 %
AOR 6 % 6 % 8 % 5 %

Comment utiliser ces ratios : dès la signature du contrat, convertissez les honoraires en budget d'heures global (honoraires / taux horaire moyen pondéré de l'équipe). Appliquez ensuite les pourcentages par phase pour obtenir un budget d'heures par phase. Ce budget devient votre référence tout au long du projet.

Pour un projet d'honoraires de 200 000 EUR avec un taux moyen de 75 EUR/h, le budget global est de 2 667 heures. L'APD (17 %) représente 453 heures : c'est votre enveloppe pour cette phase.

Comment détecter un dépassement dès les premières phases

La détection précoce des dépassements est le principal bénéfice d'un suivi du temps structuré par phase. Sans cette vigilance, les dérives s'accumulent silencieusement et ne deviennent visibles qu'en fin de projet, quand il est trop tard pour corriger.

La méthode du taux de consommation

Le calcul est simple mais redoutablement efficace :

Taux de consommation = (heures consommées / heures budgétées) x 100

Ce taux doit être mis en regard de l'avancement réel de la phase. Un taux de consommation de 60 % est normal si la phase est achevée à 70 %. Il constitue un signal d'alerte si la phase n'est achevée qu'à 40 %.

Les seuils d'alerte à mettre en place

Trois niveaux de vigilance permettent de réagir au bon moment :

  • Seuil vert : taux de consommation inférieur ou égal au taux d'avancement. Le projet est dans les clous.
  • Seuil orange : taux de consommation supérieur de 10 à 20 points au taux d'avancement. Il faut analyser les causes et ajuster l'organisation.
  • Seuil rouge : 50 % du budget d'heures consommé avant la moitié de la phase. Le dépassement est quasi certain sans intervention immédiate.

Le seuil rouge est le signal le plus critique : si la moitié du budget est brulée avant la mi-phase, le projet finira en dépassement de 30 à 50 % sur cette phase.

Pourquoi les phases amont sont les plus dangereuses

Les phases ESQ et APS sont les plus exposées aux dépassements pour plusieurs raisons :

  1. Les itérations sont fréquentes : le maître d'ouvrage demande des variantes, des ajustements de programme, des explorations supplémentaires. Chaque itération consomme du temps non prévu.

  2. Le périmètre est flou : en début de projet, la frontière entre ce qui relève de la mission et ce qui relève d'études complémentaires est souvent mal définie.

  3. Le suivi n'est pas encore en place : paradoxalement, c'est au moment où le projet est le plus vulnérable que le suivi du temps est le moins rigoureux.

  4. L'impact est disproportionné : un dépassement de 20 heures en ESQ (budget 140 h) représente 14 % de dérive. Le même dépassement en DET (budget 700 h) ne représente que 3 %.

La solution : mettre en place le suivi du temps dès le premier jour du projet, pas après la phase APS. Un outil de suivi adapté aux métiers de la maîtrise d'oeuvre permet d'automatiser cette vigilance.

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Organiser son suivi avec des jalons par phase

La structuration par jalons transforme un suivi passif (on constate les heures a posteriori) en un pilotage actif (on prend des décisions à chaque transition de phase).

Un jalon par phase MOP

Chaque phase MOP constitue naturellement un jalon du projet. A chaque jalon correspond :

  • Un budget d'heures défini : calculé à partir des ratios et ajusté selon la spécificité du projet.
  • Des livrables identifiés : la liste précise des documents à produire pour valider la phase.
  • Une date cible : le planning contractuel fixe les échéances de chaque phase.
  • Un responsable : le chef de projet ou le directeur de projet qui valide le passage au jalon suivant.

Définir un budget d'heures par jalon

Le budget d'heures par jalon ne se limite pas à un chiffre global. Il doit être ventilé par type de ressource :

  • Heures architecte / chef de projet : coordination, conception, relation client.
  • Heures dessinateur / projeteur : production graphique, modélisation BIM.
  • Heures ingénieur structure / fluides / acoustique (si intégré) : études techniques.
  • Heures administratif : montage des dossiers, gestion des marchés.

Cette ventilation permet d'affecter les bonnes ressources aux bonnes phases et d'éviter les goulots d'étranglement. Un architecte senior qui passe 60 % de son temps en production graphique sur la phase PRO n'est pas utilisé au bon niveau.

La revue de phase : le moment de vérité

A chaque transition de phase, une revue systématique doit répondre à trois questions :

  1. Quel est le solde d'heures de la phase qui se termine ? Si le solde est négatif (dépassement), les causes doivent être identifiées et les phases suivantes ajustées.

  2. Le budget des phases suivantes est-il toujours réaliste ? Un dépassement en APD peut signifier que le projet est plus complexe que prévu. Le budget PRO doit peut-être être réévalué.

  3. Faut-il renégocier avec le maître d'ouvrage ? Si les dépassements sont liés à des demandes hors programme ou à des modifications substantielles, un avenant aux honoraires se justifie. Le Code de la commande publique (article R2194-5) prévoit cette possibilité.

La revue de phase n'est pas une formalité administrative. C'est le moment où l'on décide de continuer à l'identique, d'ajuster l'équipe ou de renégocier le contrat.

Cas pratique : un projet de logements collectifs suivi par phase

Prenons un exemple concret pour illustrer la démarche complète, de la budgétisation initiale à la détection d'un dépassement et à la correction en cours de projet.

Les données du projet

  • Programme : 35 logements collectifs en accession, R+4, parking souterrain.
  • Montant des travaux : 4 200 000 EUR HT.
  • Honoraires de maîtrise d'oeuvre : 280 000 EUR HT (taux de 6,7 %).
  • Taux horaire moyen pondéré : 80 EUR/h.
  • Budget global d'heures : 280 000 / 80 = 3 500 heures.
  • Durée totale estimée : 30 mois (6 mois études + 18 mois chantier + 6 mois AOR).

Répartition initiale par phase

En appliquant les ratios pour un projet de logements neufs, le budget est ventilé comme suit :

Phase % Heures budgétées Durée prévue Jalon
ESQ 4 % 140 h 4 semaines Validation esquisse par MOA
APS 10 % 350 h 6 semaines Dépôt permis de construire
APD 17 % 595 h 8 semaines Validation APD et coût prévisionnel
PRO 22 % 770 h 10 semaines Envoi DCE aux entreprises
EXE/DCE 12 % 420 h 6 semaines Signature des marchés
DET 20 % 700 h 18 mois Fin de chantier
AOR 6 % 210 h 6 mois Levée des réserves
Coordination 9 % 315 h Toute la durée Réunions transversales, admin
Total 100 % 3 500 h 30 mois

Déroulement et détection du dépassement

Phase ESQ : l'esquisse est réalisée en 125 heures sur les 140 budgétées. Solde positif de 15 heures. La revue de phase ne signale aucune alerte.

Phase APS : l'avant-projet sommaire consomme 380 heures au lieu de 350. Dépassement de 30 heures (+ 8,6 %). Le maître d'ouvrage a demandé deux variantes de distribution des logements en étage courant. Le dépassement est identifié mais considéré comme acceptable. Le solde cumulé passe à -15 heures.

Phase APD - alerte rouge : à mi-phase (4 semaines sur 8), le suivi indique 370 heures consommées sur les 595 budgétées, soit un taux de consommation de 62 % pour un avancement estimé à 45 %. Le seuil rouge est franchi.

L'analyse révèle deux causes :

  1. Reprise des plans suite au rapport du bureau de contrôle : des non-conformités structurelles imposent une modification de la trame porteuse, avec répercussion sur tous les plans d'étage.
  2. Sous-estimation de la complexité du parking souterrain : la rampe d'accès et la ventilation nécessitent des études complémentaires non prévues au budget initial.

Actions correctives mises en place

Le chef de projet déclenche trois actions immédiates :

  1. Renforcement de l'équipe APD : un dessinateur supplémentaire est affecté à temps partiel pour absorber les reprises de plans. Coût : 80 heures supplémentaires affectées à l'APD.

  2. Réduction du périmètre PRO : les détails constructifs du parking sont reportés en phase EXE, réduisant le budget PRO de 770 à 720 heures (- 50 h).

  3. Demande d'avenant : les modifications demandées par le bureau de contrôle constituant un aléa technique, un avenant de 15 000 EUR (187 h) est négocié avec le maître d'ouvrage pour couvrir les études complémentaires.

Bilan du projet après correction

Phase Budget initial Heures réelles Ecart Commentaire
ESQ 140 h 125 h - 15 h Esquisse validée rapidement
APS 350 h 380 h + 30 h Variantes demandées par MOA
APD 595 h 710 h + 115 h Aléa technique parking + reprise trame
PRO 770 h 720 h - 50 h Périmètre ajusté, détails parking reportés en EXE
EXE/DCE 420 h 465 h + 45 h Détails parking intégrés
DET 700 h 680 h - 20 h Chantier bien préparé grâce à l'APD renforcé
AOR 210 h 195 h - 15 h Peu de réserves
Coordination 315 h 310 h - 5 h Stable
Total 3 500 h 3 585 h + 85 h Dépassement limité à 2,4 %

Sans le suivi par phase, le dépassement de l'APD (+ 115 heures) n'aurait été détecté qu'en fin de projet. Il aurait contaminé les phases suivantes, et le dépassement global aurait probablement atteint 300 à 400 heures (8 à 11 %), soit 24 000 à 32 000 EUR de marge perdue.

Grâce à la détection précoce et aux trois actions correctives, le dépassement global est contenu à 85 heures (2,4 %), dont 187 heures couvertes par l'avenant. Le projet dégage finalement une marge supérieure au prévisionnel.

Un suivi du temps structuré par phase MOP ne supprime pas les aléas. Il permet de les détecter à temps, de prendre des décisions éclairées et de protéger la rentabilité globale du projet.


La structuration du suivi par phase MOP est accessible à toute agence, quelle que soit sa taille. L'essentiel est de poser le cadre dès le démarrage du projet : un budget d'heures par phase, des seuils d'alerte définis, et une revue systématique à chaque transition. Les ratios proposés dans cet article constituent un point de départ ; chaque agence doit les affiner en fonction de son historique et de ses typologies de projets.

Pour les agences d'architecture qui souhaitent industrialiser cette démarche, un outil de suivi du temps avec découpage par jalons et alertes automatiques transforme radicalement la capacité de pilotage. L'investissement en temps de saisie est minime ; le retour en visibilité et en rentabilité est considérable.

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